France : le climat antijuif s'implante et prospère avec la complicité de l'Etat et des médias

Par LSA Oulahbib

Dans un article intitulé, Life and death in Saudi Arabia , (le Herald du 3 juin, p. 6) l'auteur, travaillant en Arabie Saoudite en tant qu'avocat international, fait état de ces jeunes saoudiens de 10 ans cherchant près des mosquées de l'aide auprès d'adultes pour qu'ilspuissent aller en Irak tuer des américains.

Récemment les tueurs de Khobar ont frappé l'attention des otages par leur jeunesse et leur politesse, demandant par exemple de quelle religion ils étaient avant d'égorger. Plus généralement l'auteur de l'article observe que la jeune génération de saoudiens n'a que du mépris pour ses aînés incapables de combattre Israël et l'Amérique.

Ces jeunes sont formés dans cette haine. Ils ont certes un environnement qui les pousse dans cette direction et un âge pour lequel l'imaginaire fait office de réalité, en particulier lorsque l'on promet des vierges à profusion dans l'autre monde...

Nous ne connaissons pas (encore) ce genre d'univers en France; les jeunes peuvent aller danser, flirter et plus, aller dans un bar, un cinéma, un théâtre, un concert, toutes choses strictement interdites en Arabie Saoudite comme le souligne l'auteur de l'article.

Mais il existe un point commun entre la France et l'Arabie Saoudite, en particulier dans cette population influencée par ses racines culturelles d'origine islamique : l'enseignement et les médias. Or, que voit-on ? Un dénigrement, systématique, d'Israël et de l'Amérique, au-delà du verni d'usage stipulant que ce sont des politiques qui sont critiquées et non des peuples. Sauf que le lecteur ne peut pas s'empêcher de penser que ces peuples bénéficient d'une telle politique et que s'ils ne révoltent pas contre elle, cela signifie qu'ils sont d'accord et donc qu'ils doivent être méprisés, haïs, tués le cas échéant, surtout lorsqu'ils s'incarnent en un voisin, un camarade d'école.

Il n'est pas possible d'expliquer, à longueur de cours, d'articles et de reportages que l'Amérique est un Empire, Vampire qui vit aux dépens du monde, qu'il a envahi l'Irak pour le pétrole, qu'il veut, in fine, s'emparer des âmes avec sa culture fast food, et qu'Israël est un pays qui a jeté dehors des centaines de milliers de palestiniens, et qu'il continue à le faire, il n'est pas humainement possible de travailler sans cesse dans ce sens sans faire des dégâts chez certains jeunes esprits.

Lorsque pendant des décennies il a été dit que le Juif est la cause des problèmes de l'Allemagne, de la France, de l'Europe, cela a germé et un jour, lorsque les circonstances ont pu permettre la floraison, Hitler et Vichy ont fait le sale boulot.

Aujourd'hui, en France, certains glissent sur une pente sinon semblable du moins similaire du point de vue du principe, celui de trouver un bouc émissaire global, une cause déterminante en dernière instance dont la suppression permettrait de basculer de l'obscurité à la lumière, de la crise à l'abondance.

Cette croyance, peu ou prou validée, nuancée ici et là, permet de créer, sous nos yeux, une convergence de plus en plus objective, forte et irrépressible, entre, d'un côté, un antiisraélisme, un antiaméricanisme, un proarabisme, de droite (le mouvement chiraquien...), et un antisémitisme et antiaméricanisme d'extrême droite (la mouvance Radicale, Jeune dissidence, etc), et, de l'autre côté, un antiisraélisme, un antijudaisme, un anticapitalisme un antiaméricanisme, se combinant dans l'alter araboislamisme où se conjugue communistes, trotskistes, araboislamistes, mao-écolo, certaines franges socialistes.

Cette convergence se donne même des allures avant garde et jeuniste, le voile islamique est à la mode, "c'est mon choix", hurle également Mamère dans sa mairie, et lorsque l'on franchit la frontière, on s'aperçoit que cette convergence, cet amalgame, -transformé en agloméré duquel on fabrique un nouveau totalitarisme de derrière les fagots-, regroupe les décus de la modernité techno-urbaine, toutes ces foules solitaires ayant basculées trop vite d'un monde immobile (en Espagne, en Italie) au monde envoûtant, et les engluant, celui issu du flux ininterrompu d'images qui prétend les libérer de tous les tabous, y compris de celui du simplisme qui trouve peu coûteux pour la réflexion de désigner un unique facteur à la source de leur mal être : Israël en général, le Juif du coin en particulier, l'Amérique en général, Bush au singulier.

La haine déversée à longueur de colonnes de cours et de reportages contre eux ira s'incarner en des figures concrêtes et ce sera l'action d'un José Bové, dénonciateur de mal bouffe, allant en Cisjordanie dénoncer le mal être palestinien sans douter un seul instant de la cause, exonérant un Arafat, séparant les bons Juifs des mauvais, alimentant le climat délétère qui s'est installé en France, relayé au plus haut niveau de l'Etat par un Président de la République ne voyant pas plus loin que le bout de son nez ( et ce même pas depuis qu'il lit Libé...).

Parce qu'en effet, à force de réduire le 11 septembre ou la seconde Intifada à une cause unique, celui d'un contre-coup aux méfaits de l'axe américano-sioniste, il est clair que dans ce cas certains peuvent dorénavant réhabiliter l'explication stipulant que le léninisme russe, le nazisme allemand, le fascisme italien, le militarisme japonais, auraient eu eux aussi une cause unique : l'axe juivo-anglosaxon du capitalisme cosmopolite et apatride. Supprimez celui-ci, vous n'aurez pas eu la seconde guerre mondiale, ni même la première d'ailleurs en forçant un peu.

De même, supprimez Israël et les USA, la paix éternelle pourra enfin régner sur Terre, la paix éternelle ? Mais oui, la mort. Il faut mettre à mort ceux qui les incarnent dans le quotidien, il faut se blanchir, se purifier des puanteurs journalières avec cette eau de jouvence médiatique dénonçant Bernstein, louant Big Brother.

Plus la destruction des tabous avance, plus une compensation s'établit pour en réduire les effets négatifs, et cela se fait, comme toujours, par les sacrifices humains, la crucifixion médiatique des méchants, Israël, les USA, la simplification outrancière dans les cours et les articles, le poignard pour égorger, tuer, au moins blesser, tout simplement, à Epinay.